La dépression

Qu'est ce que la dépression ?

Dépression… Ce mot devenu aujourd’hui si courant recouvre pourtant une réalité encore mal comprise.

Contrairement à certaines idées reçues, la dépression ne relève ni d’une fatalité, ni d’une faiblesse de caractère.

C’est une maladie qui peut toucher tout le monde (quel que soit son âge, son sexe, son niveau social…), qui entraîne une souffrance et une gêne importantes et dont le soin nécessite une prise en charge par un professionnel compétent.

 

La dépression, ce n’est pas un « coup de déprime »


Le fait de se sentir triste, d’être « déprimé », d’avoir des « idées noires » ou des difficultés à dormir ne veut pas forcément dire que l’on souffre de dépression. Les moments de cafard, de « blues », de doute ou de questionnement font partie de la vie. Au fil du temps et des événements, chacun de nous expérimente toute une gamme de sentiments, du plus triste au plus optimiste. À l’intérieur de cette large palette d’émotions, la tristesse, le découragement et le désespoir représentent des expériences humaines normales. Ces variations et ces baisses de l’humeur ne doivent pas être confondues avec ce qu’éprouve une personne dépressive.

Pour pouvoir parler de dépression et donc de maladie, il faut :

• que ces perturbations de l’humeur soient multiples et bien caractérisées ;

• qu’elles se manifestent de façon (quasi) permanente pendant une période supérieure à deux semaines ;

• qu’elles entraînent une gêne importante dans un ou plusieurs domaines de la vie quotidienne (difficulté ou incapacité de se lever, d’aller à son travail, de sortir faire ses courses…).

 

La dépression entraîne souffrances et gênes


Nous pouvons avoir l’impression de connaître cette maladie sans pour autant en avoir jamais été atteint. L’explication est simple : parmi la large gamme d‘émotions et de sensations que nous éprouvons au cours de notre vie, certaines sont très douloureuses. Nous en concluons hâtivement qu’être dépressif consiste à ressentir plus fortement et plus longtemps de telles souffrances. Et cela nous incite à croire que nous pouvons facilement comprendre ce que vit une personne souffrant de dépression.

Mais la réalité est différente. En effet, avant leur entrée dans cette maladie, les personnes souffrant de dépression ressentaient elles aussi un large éventail d’émotions, agréables ou douloureuses. Or toutes ces personnes disent que leur état au cours de la dépression est très différent de tout ce qu’elles pouvaient avoir connu auparavant.

Les émotions qu’elles éprouvent, les idées qui les traversent sont imprégnées d’une souffrance morale permanente, plus insupportable que toute autre souffrance déjà endurée. Autre différence avec les émotions habituelles de la vie, les personnes ont l’impression d’être coupées de leur entourage.

L’état dépressif se caractérise par un changement profond (une véritable rupture) par rapport au fonctionnement habituel. Trois éléments principaux sont typiques de cet état :

• une tristesse inhabituelle, différente d’après les personnes qui souffrent de dépression de la tristesse normale (cette tristesse est particulièrement intense, elle n’est pas « directement » reliée à une cause, rien ne l’apaise, elle se mêle d’angoisse et d’un sentiment de « fatalité ») ;

• une perte d’intérêt et de plaisir qui touche tous les domaines de la vie ;

• une association de plusieurs symptômes durables qui entravent douloureusement la vie quotidienne.

 

Quels sont les symptômes de la dépression ?


La dépression entraîne un « ralentissement » dans tous les registres de la vie quotidienne : vie affective, fonctionnement intellectuel, forme physique, mécanismes vitaux et corporels.

Ce « ralentissement » se décline en multiples symptômes qui persistent pendant une longue durée (au-delà de quinze jours). La liste ci-dessous peut vous aider à repérer certains de ces symptômes, sachant qu’une même personne peut ne pas les ressentir tous.

Même si les symptômes sont bien présents, la personne qui souffre de dépression a souvent du mal à les repérer. Le principal obstacle à leur repérage réside dans la difficulté à juger par soi-même de son état psychologique. Une autre raison réside dans le fait de considérer ses symptômes comme normaux, en les attribuant à une difficulté momentanée de la vie. L’évaluation par un professionnel de santé est donc indispensable.

Si vous vous posez des questions, si vous pensez avoir repéré plusieurs de ces symptômes, chez vous ou chez un de vos proches, cette série de questions peut vous aider à faire plus précisément le point.

 

Forme physique : se sentir à bout


Fatigue : même sans avoir fait d’efforts particuliers, la personne éprouve en permanence une sensation de manque d’énergie. Cette sensation omniprésente vient s’ajouter au découragement et à la douleur physique et morale. Une des caractéristiques de cette fatigue dépressive est que ni le repos, ni le sommeil ne l’atténuent.

Ralentissement général : la dépression ralentit tous les gestes ; il faut donc plus de temps pour accomplir les tâches habituelles. On n’a pas la force. Les émotions, les pensées et les actions sont comme « engluées » par la maladie. Les mouvements du visage sont diminués, il en ressort une impression d’inexpressivité qui peut laisser croire à de l’indifférence. La parole est lente, traînante. La personne a le sentiment de ne plus être capable de réagir. Certaines fonctions du corps, comme la digestion, sont également ralenties.

 

Vie affective : être à plat


Tristesse intense : dans la dépression, la tristesse est particulièrement douloureuse, incompréhensible et envahissante, souvent accompagnée de pleurs sans motif et d’un sentiment de désespoir.

Incapacité à éprouver du plaisir : chez les personnes souffrant de dépression, les petits plaisirs de la vie (écouter de la musique, voir ses amis, lire son journal…) disparaissent. Tout paraît égal, terne, sans intérêt. La vie a perdu tout sens, tout goût, toute couleur.

Hypersensibilité émotionnelle : les personnes souffrant de dépression réagissent avec une grande sensibilité aux situations de la vie quotidienne (comme s’il manquait un « espace d’amortissement » entre elles et leur environnement). En même temps, elles peuvent avoir l’impression d’être vides, de ne plus éprouver d’émotions. C’est comme si elles étaient à la fois « anesthésiées » et hypersensibles.

Impressions d’abandon, d’inutilité, de solitude : ces impressions cohabitent avec le sentiment de ne pas être aimé des autres, de n’avoir rien à dire qui puisse les intéresser.

Anxiété : les troubles anxieux et la dépression renvoient à deux maladies différentes (voir encadré ci-dessous) Néanmoins, l’anxiété est un symptôme fréquent en cas de dépression. Cette peur sans cause évidente s’exprime aussi bien dans le corps (« boule » dans la gorge, gêne pour respirer, douleurs diverses, notamment dans le ventre) que dans la tête (peur « flottante », ruminations, sentiment de catastrophe imminente).

Anxiété, troubles anxieux, dépression : à bien distinguer

 

L’anxiété est une émotion proche de la peur, qui existe chez tout être humain. Elle correspond à une nécessité permanente de s’adapter aux problèmes de la vie (anxiété dite « adaptative ») et aux interrogations que chaque individu porte sur le monde (anxiété dite « existentielle »). Ces deux formes d’anxiété sont humaines. L’anxiété peut cependant devenir une maladie qui associe différents symptômes (psychologiques, physiques, comportementaux) et entraîne une souffrance et une gêne importantes dans la vie quotidienne.

On parle alors de troubles anxieux. Ce terme regroupe l’ensemble des troubles mentaux dans lesquels existent des peurs irrationnelles et invalidantes (c’est-à-dire sources de gênes). Ces peurs peuvent être :

des phobies : peurs déclenchées par des objets ou des situations inoffensifs et extérieurs à la personne (par exemple, la phobie de la foule ou de l’ascenseur) ;

des obsessions : peurs issues des idées de la personne, dont elle mesure pourtant elle-même le caractère absurde (par exemple, l’obsession des microbes ou de la saleté, du parfait alignement des tableaux sur un mur, de la vérification incessante de la fermeture des robinets… ) ;

la panique : peur extrême, qui « jaillit » brutalement, sans facteur extérieur déclenchant, avec parfois l’impression que la mort est proche ;

l’anxiété généralisée : elle correspond à un souci permanent, excessif et invalidant.

La dépression et les troubles anxieux sont deux maladies psychiques différentes, même si elles peuvent avoir des symptômes similaires (comme la difficulté à dormir, à s’alimenter et à réfléchir) et si certains signes d’anxiété peuvent être présents en cas de dépression. Cette distinction est particulièrement importante à faire dans la mesure où les traitements médicamenteux et psychologiques peuvent différer.

 

Fonctionnement intellectuel : voir tout en noir


Ralentissement intellectuel : en cas de dépression, il devient difficile de réfléchir, de trouver les mots, de parler avec fluidité. On a l’impression d’avoir la tête vide, que le monde est devenu trop compliqué, qu’on ne saura pas s’y adapter, y faire face. Il faut faire un effort très important pour accomplir des tâches qui, jusqu’alors, s’effectuaient naturellement, sans y penser.

Diminution de l’attention, de la concentration et de la mémoire : fixer son attention, ne pas se laisser distraire, retenir ce qu’on vient de lire… ces tâches deviennent très difficiles à accomplir lorsque l’on souffre de dépression.

Dévalorisation de soi et culpabilité : la personne qui souffre de dépression ne se sent bonne à rien ; elle se pense sans valeur ; elle s’accuse d’être responsable des événements pénibles qu’elle vit et des émotions désagréables qu’elle ressent. Cette impression lui paraît tellement définitive qu’il lui est difficile de demander de l’aide et de croire qu’un traitement peut changer quelque chose.

Pensées négatives : la personne analyse les événements de sa vie et les opinions des autres sous un angle systématiquement négatif. Ce pessimisme permanent retentit sur les proches et peut les décourager.

Pensées autour de la mort (la sienne, celle de ses proches ou la mort en général) : liées au sentiment d’inutilité et à la perte de plaisir déjà décrits, ces idées noires sont en fait « fabriquées » par la dépression et disparaissent à la guérison de la maladie. Les idées de suicide méritent dans tous les cas d’être signalées à un professionnel de santé.

Mécanismes du corps : tout se dérègle


Dégradation du sommeil : le sommeil est souvent mauvais, moins profond, très court et peu réparateur. Le petit matin (de 3 à 5 heures du matin) est souvent marqué par un réveil précoce, avec impossibilité de se rendormir et une grande souffrance morale. Dans d’autres cas, le sommeil est en excès ; on parle de « sommeil refuge », comme si celui-ci correspondait à un besoin de « fuir ». Mais ce trop plein de sommeil est insatisfaisant et plutôt abrutissant.

Altération de l’appétit : l’appétit est le plus souvent diminué (les aliments semblent sans goût, l’assiette paraît trop remplie). La préparation des repas devient une corvée, leurs horaires se font irréguliers, leur composition déséquilibrée. La perte de poids est souvent un signe important pour établir le diagnostic de dépression. À l’inverse, on observe parfois une augmentation de la prise d’aliments (surtout sucrés) pouvant conduire à une prise de poids.

Problèmes sexuels : la sexualité est une fonction à la fois très biologique et très relationnelle. Ces deux dimensions étant très perturbées dans la dépression, il est logique que la vie sexuelle soit affectée. Le désir sexuel de la personne peut disparaître, son plaisir s’estomper. La réalisation de l’acte sexuel devient alors difficile. En conséquence, le conjoint a parfois l’impression d’être délaissé, ce qui accentue la tension dans la vie de couple.

Symptômes physiques : la dépression peut s’accompagner de douleurs (maux de tête, souffrances dans les articulations, problèmes digestifs…) et de dérèglements de certains indicateurs ou fonctions du corps (tension artérielle, perturbation ou interruption des règles…).

Les conséquences de ces symptômes dépressifs sur le fonctionnement quotidien de la personne sont considérables. Toutes les relations sont affectées : au sein du couple et de la famille, avec les amis, dans le milieu professionnel.

Pourtant, même si les symptômes sont bien présents, la personne qui souffre de dépression a souvent du mal à les repérer. Le principal obstacle à leur repérage réside dans la difficulté à juger par soi-même de son état psychologique. Une autre raison tient au fait de considérer ses symptômes comme normaux, en les attribuant à une difficulté momentanée de la vie. L’évaluation par un professionnel de santé est donc indispensable.

Si vous vous posez des questions, si vous pensez avoir repéré plusieurs de ces symptômes, chez vous ou chez un de vos proches, la liste de questions peut vous aider à faire plus précisément le point avant d’aller consulter un médecin.

 

Quelles sont les différentes formes de la dépression ?


La dépression se manifeste le plus souvent sous forme d’épisode(s) : on parle alors d’épisode dépressif caractérisé (ou épisode dépressif majeur).

Quand la dépression s’installe dans le temps, on parle de dysthymie ou (forme plus radicale) de dépression chronique.

Les troubles bipolaires constituent quant à eux un trouble spécifique qui alterne phases de dépression et phases de surexcitation.

 

L’épisode dépressif caractérisé


Le diagnostic d’épisode dépressif caractérisé est posé :


• quand l’épisode dépressif dure suffisamment longtemps (plus de quinze jours) ;

• quand, durant cette période, chaque jour ou presque, et pendant la plus grande partie de la journée, la personne dépressive se sent triste, sans espoir ou a perdu ses centres d’intérêt ;

• quand cet état de souffrance profonde est associé à de nombreux autres symptômes décrits plus haut (au moins 4), qui ont des répercussions au niveau affectif, social, professionnel ou dans d’autres domaines importants de la vie.

L’épisode dépressif peut être plus ou moins sévère,les symptômes plus ou moins nombreux et intenses, la gêne plus ou moins importante.


Lors des épisodes les plus graves, tous les types de symptômes sont présents et leurs effets dans la vie de tous les jours sont considérables. Les incapacités et les perturbations relationnelles, professionnelles et sociales sont nombreuses. Dans les cas extrêmes, la personne ne parvient plus à prendre soin d’elle-même (se nourrir, s’habiller seule, conserver un minimum d’hygiène personnelle…) ou peut tenter de mettre fin à ses jours.

L’épisode dépressif peut être associé à certaines périodes de la vie ou de l’année :


Saisons : l’épisode dépressif peut survenir régulièrement à des moments dbien particuliers de l’année, apparaître par exemple chaque hiver pour disparaître au printemps. On parle alors d’épisodes de type saisonnier. Cette forme est cependant assez rare ;

Maternité : C’est une période à risque. L’épisode dépressif après l’accouchement (épisode dépressif du post-partum) ne doit pas être confondu avec le baby blues . Ce dernier est un moment de doute passager, facilement surmontable, qui se caractérise par le sentiment d’être débordée, de ne pas comprendre les demandes de son bébé. Il se manifeste chez de nombreuses femmes (près de 50 % des accouchées) quelques jours après l’accouchement. L’épisode dépressif du post-partum est, lui, une véritable dépression qui répond à tous les critères de la maladie (durée, symptômes, conséquences) et qui débute dans le mois qui suit l’accouchement ;

Deuil : au cours des semaines qui suivent la perte d’un être cher, il est courant de ressentir des symptômes dépressifs. Ceux-ci font partie du processus normal de deuil. On peut avoir recours à un professionnel de santé ou à toute autre personne pour en parler et « atténuer » la douleur du deuil. Mais le recours au professionnel de santé pour une prise en charge spécifique devient absolument nécessaire si les symptômes persistent sur une longue période (plus de deux mois) ou sont particulièrement « envahissants ».

Les caractéristiques de l’épisode dépressif peuvent varier en fonction de l’âge :


Enfants et adolescents : la plupart des caractéristiques de la dépression de l’adulte se retrouvent chez l’enfant et chez l’adolescent. Néanmoins, certains symptômes dépressifs peuvent être spécifiques à ces tranches d’âge.
Chez l’enfant, la dépression peut se manifester à travers des comportements de retrait, d’absence ou – au contraire – d’irritabilité, d’agitation. Seule une écoute attentive et avertie de l’enfant par un professionnel pourra la mettre en évidence. Chez l’adolescent, la dépression peut se manifester au travers de comportements nuisibles pour leur santé : abus d’alcool, de drogues, de médicaments (anxiolytiques, hypnotiques), états d’agitation, violence verbale ou indifférence apparente.

Personnes âgées et handicapées : la dépression (et le risque suicidaire) n’épargnent pas les personnes âgées et handicapées, bien au contraire. Les symptômes de la maladie sont très semblables chez elles à ceux qu’on peut trouver chez les adultes plus jeunes mais la reconnaissance de la maladie peut être plus difficile à faire, en raison de la diminution de l’activité physique (et parfois intellectuelle), Pourtant, le fait d’être triste ou pessimiste ne doit pas être considéré comme normal lorsque l’on est âgé/handicapé. Le traitement est aussi nécessaire et efficace à cette période de la vie que plus tôt. Il est donc nécessaire de se faire soigner.

La durée de l’épisode dépressif est variable.

 

Elle peut aller de quelques semaines à plusieurs mois, voire plusieurs années. La plupart des épisodes dépressifs durent moins de six mois.

Une guérison totale (disparition de tous les symptômes) et durable est possible.


Mais le risque de réapparition de la maladie après guérison totale est important (dans plus de 50 % des cas). La réapparition des symptômes peut intervenir soit longtemps après le premier épisode, à l’issue d’une rémission (interruption) totale de plusieurs années, soit plus régulièrement, avec une rémission partielle entre les épisodes.

Dans certains cas, les périodes de rémission entre les épisodes peuvent devenir de plus en plus courtes. Cependant, lorsque la personne bénéficie de traitements et d’un suivi adéquats, le risque de réapparition des symptômes et la souffrance sont largement diminués. D’où l’intérêt d’une prise en charge précoce de la maladie.

Quand la dépression s’installe dans le temps


Dans certains cas, la période dépressive s’étend sur plusieurs années. On parle alors de dépression chronique ou, lorsque les symptômes sont un peu moins nombreux et un peu moins intenses, de dysthymie. Les personnes souffrant de troubles dysthymiques se décrivent comme tristes en permanence. Les symptômes les plus fréquents sont : une diminution d’intérêt et de plaisir qui provoquent une gêne ou un handicap dans la vie quotidienne ; des sentiments d’insuffisance, d’impuissance, de culpabilité ou des ruminations à propos du passé ; de l’irritation ou des colères excessives.

La personne souffrant de dysthymie peut avoir tendance à s’effacer, à se retirer des activités sociales ; au travail, elle peut présenter une diminution d’activité, d’efficacité et de productivité. Avec les années, ces troubles deviennent comme partie intégrante de sa vie ou de sa personnalité. Elle dit : « J’ai toujours été comme ça », « Je suis comme ça ». Les professionnels de santé et les proches de cette personne courent aussi le risque d’être victimes de cette confusion entre fonctionnement habituel et dysthymie.

Cette maladie commence souvent de façon discrète et précoce (enfance, adolescence ou début de la vie adulte). Sa sévérité risque de s’accroître avec les années si elle n’est pas traitée.

 

Quels peuvent être les troubles associés ?


La dépression peut avoir des liens avec d’autres maladies, psychologiques ou physiques. Il peut notamment s’agir :

de troubles anxieux, on considère généralement que l’existence d’un trouble anxieux précédant ou associé à la dépression accroît la sévérité de la dépression, ainsi que son risque de survenue ;

d’alcoolisme, de dépendance à certains médicaments (anxiolytiques ou hypnotiques) ou d’abus de substances psychotropes (cannabis, ecstasy, cocaïne…) : les personnes souffrant de dépression peuvent être tentées d’abuser de ces substances pour apaiser leur angoisse ;

Par ailleurs, l’association d’un trouble dépressif à une maladie physique grave ou chronique (diabète, cancer, accident vasculaire cérébral…) peut rendre l’identification et le traitement de la dépression plus difficile (les symptômes de la dépression pouvant être sous-estimés et attribués à l’autre maladie).

 

Quelles sont les origines de la dépression ?


Face à une dépression, on recherche souvent des explications, et les premières questions qu’on se pose sont : « Pourquoi moi ? Que s’est-il passé ? À quoi est-ce dû ? Qu’ai-je fait ? » Notre besoin de comprendre et de donner un sens à ce qui nous arrive est un processus naturel, en particulier à l’occasion d’expériences douloureuses. Il est alors fréquent d’avoir recours à des explications d’apparence vraisemblables. On évoque alors des causes externes (« C’est parce que ça ne va pas dans mon travail », « Quand je n’aurai plus ces problèmes financiers, ça ira mieux », « J’ai besoin de rencontrer quelqu’un pour ne plus être seul(e) »…) ou bien des causes internes (« C’est de ma faute », « Je suis un(e) bon(ne) à rien », « Je n’ai jamais pu réussir comme les autres »…).

Pourtant, ces interprétations sont le plus souvent très éloignées des « origines réelles » de la dépression. Elles constituent même souvent un frein au processus de soin et de guérison, en nous retenant de consulter un médecin. La dépression, comme la plupart des maladies psychiques, ne provient pas d’un facteur unique. Elle résulte au contraire d’un ensemble de mécanismes de diverses natures, encore imparfaitement connus.

On distingue habituellement les « facteurs » biologiques, psychologiques et environnementaux (liés à l’environnement social ou familial). Certains de ces facteurs interviennent très en amont de la dépression, ils « préparent le terrain », on parle alors de facteurs de risque (ou facteurs de vulnérabilité). Par exemple, le fait d’avoir des parents qui ont souffert de dépression augmenterait le risque d’être touché par la maladie. De même, le fait de vivre des événements traumatisants ou des conflits parentaux importants pendant la petite enfance serait associé à un risque accru de dépression dans la suite de l’existence.

D’autres facteurs interviennent juste avant la dépression, ils la « déclenchent » : on parle alors de facteurs précipitants.

Les facteurs biologiques


La survenue des symptômes de la dépression est liée à une perturbation du fonctionnement cérébral. C’est bien le fonctionnement du cerveau qui est atteint, non sa structure. Cette distinction est importante car elle permet de bien comprendre que cette maladie peut être réversible.

Ce dysfonctionnement du cerveau se traduit notamment par des anomalies dans la fabrication, la transmission et la régulation de certaines substances chimiques : les neuromédiateurs (également appelés neurotransmetteurs).

Il est difficile de savoir à l’heure actuelle si ces anomalies sont la cause initiale ou bien la conséquence de la dépression. Quoi qu’il en soit, leur correction et la restauration du bon fonctionnement des neuromédiateurs sont indispensables. C’est la principale fonction des médicaments antidépresseurs. On sait aujourd’hui que la psychothérapie entraîne elle aussi ce type d’amélioration biologique si le dérèglement initial est modéré.

Les facteurs psychologiques


Des mécanismes psychologiques particuliers sont également impliqués dans la dépression : sentiments de perte, conflits moraux, croyances négatives, mauvaise estime de soi (« Je ne peux rien faire de bon », « Je ne vaux rien »…).

Certains de ces mécanismes trouvent leur origine dans l’enfance (plus ou moins bonne qualité des premières relations avec les parents, premières expériences associées à un sentiment de perte, de solitude, d’impuissance, de culpabilité ou de honte…), d’autres peuvent être liés à des éléments plus actuels (traumatismes, deuils liés à la perte d’une personne, d’un idéal ou d’une image de soi).

Certains styles de comportements (sur les plans intellectuel, émotionnel, relationnel), ainsi que certains modes de défense psychologiques peuvent favoriser l’émergence et le maintien d’une dépression. Ainsi, certaines personnes souffrant de dépression expriment des croyances négatives (elles se croient par exemple « incapables » ou « indignes » de faire certaines choses…) ou n’envisagent que des perspectives pessimistes, à la fois pour le monde qui les entoure et pour elles-mêmes. Chez ces personnes, certains événements de la vie quotidienne, analysés sous leur angle le plus négatif, peuvent déclencher automatiquement des pensées dépressives, sans qu’il leur soit possible de faire appel à d’autres expériences plus positives.

C’est en agissant sur ces mécanismes psychologiques problématiques que la psychothérapie intervient sur la dépression.

Les facteurs liés à l’environnement social et familial


Certains événements de la vie très perturbants ou un stress excessif et permanent peuvent favoriser l’apparition d’une dépression. Par exemple, la mort d’un être cher, la perte d’un travail, une rupture affective, des conflits familiaux ou sociaux, une maladie, un handicap…

En plus des facteurs précipitants et des facteurs de risque, la présence ou l’absence de facteurs de protection dans l’environnement de la personne peut aussi jouer un rôle. Par exemple, la présence de personnes proches réconfortantes et valorisantes ou l’engagement dans des activités personnelles intéressantes peuvent protéger de la dépression ou favoriser la guérison. À l’inverse, l’absence de ces facteurs peut faciliter l’apparition (ou la réapparition) de la dépression.

 

Quel est le risque de suicide ?


La dépression est la première cause de suicide : près de 70 % des personnes qui décèdent par suicide souffraient d’une dépression, le plus souvent non diagnostiquée ou non traitée.

Les idées de suicide sont fréquentes dans la dépression (elles font d’ailleurs partie des symptômes de la maladie), elles méritent dans tous les cas d’être signalées à un professionnel de santé afin d’en parler et de les désamorcer.

Il est important de savoir que :

• les personnes suicidaires ne veulent pas nécessairement mourir mais souhaitent plutôt mettre fin à une souffrance devenue insupportable ;

• l’immense majorité des personnes en proie à des idées de suicide ne feront pas de tentative ;

La crise suicidaire est une période critique, marquée par un envahissement des émotions, par de grandes difficultés pour se concentrer et par le sentiment profond d’avoir tout essayé et que rien ne marche pour être soulagé. Le vécu d’impuissance est majeur. Cette crise suit souvent un processus qui comporte plusieurs « stades » ou « paliers » : la personne a d’abord des « flashs » (visions brèves qui donnent l’impression de devenir fou), puis des idées de suicide plus ou moins fréquentes et intenses contre lesquelles elle va lutter mais qui peuvent éventuellement l’envahir ; elle risque alors de passer aux stades de l’intention (prise de décision), de la planification (recherche du moyen, du lieu, des circonstances et du moment) et de la mise en œuvre son suicide.

Ce processus n’est cependant jamais inéluctable, il peut être arrêté à tout moment. C’est pourquoi, répétons-le, il est primordial d’en parler à un professionnel de santé. Il est possible de se rendre à toute heure du jour ou de la nuit aux urgences de l’hôpital le plus proche ou dans un Centre d’accueil et de crise ou encore d’appeler un centre d’appel spécialisé.

 

Faire le point avant de consulter un médecin


Vous vous demandez s’il est possible que vous (ou un de vos proches) viviez actuellement un épisode dépressif ?

Les questions ci-dessous peuvent vous aider à faire le point, pour vous indiquer si cela est probable ou non… mais elles ne vous apporteront pas de certitude absolue. Seul un professionnel de santé habilité à établir un diagnostic de dépression pourra vous éclairer de façon précise.

Sur la base de ce diagnostic, vous pourrez le cas échéant définir avec lui ou avec d’autres professionnels de santé le traitement le mieux adapté à votre situation.

Pourrait-il s’agir d’une dépression ?


Depuis au moins 15 jours, presque chaque jour, presque toute la journée,

- éprouvez-vous une tristesse inhabituelle, très douloureuse, qui perturbe votre vie quotidienne ?

- avez-vous perdu votre intérêt pour la plupart des choses, comme les loisirs, le travail ou les activités qui vous plaisent habituellement ?
 

Si vous vivez depuis au moins 15 jours l’un de ces états ou les deux, poursuivez votre questionnement :

- vous êtes-vous senti(e) épuisée(e) ou sans énergie ?

- avez-vous pris ou perdu du poids – de façon inhabituelle et importante – sans le vouloir ?

- avez-vous eu des problèmes de sommeil (difficultés à rester endormi(e), réveils très tôt le matin ou, au contraire, excès de sommeil, envie permanente de dormir) ?

- vous êtes-vous senti(e) plus lent(e) que d’habitude (par exemple pour parler ou pour vous déplacer) ou, au contraire, avez-vous été beaucoup plus agité(e) ou nerveux(se) que d’habitude ?

- avez-vous eu beaucoup plus de mal à vous concentrer ?

- vous êtes-vous senti(e) sans valeur ou bon(ne) à rien ?

- avez-vous beaucoup pensé à la mort, que ce soit la vôtre, celle de quelqu’un d’autre ou la mort en général ?

Si vous avez observé chez vous plusieurs de ces symptômes, depuis au moins 15 jours, presque chaque jour, presque toute la journée, ceci constitue un signal d’alerte qui doit vous encourager à en parler avec un médecin.

Ne confondons pas déprime et dépression !

Le terme « dépression » ne s’emploie pas à la légère. Pour faire l’hypothèse d’une dépression, il faut une association de plusieurs symptômes très spécifiques générant une souffrance importante, inhabituelle et se manifestant :

depuis au moins 15 jours

presque chaque jour

presque toute la journée

La dépression est un problème sérieux, qui touche chaque année un nombre important de personnes. Cependant, même s’il n’y a pas de « profil type » pour souffrir de dépression, tout le monde n’est pas nécessairement dépressif « un jour ou l’autre ». Si environ 8 % de la population présente sur une période de 12 mois un épisode dépressif, d’intensité variable, cela signifie que 92 % de la population n’en présente pas (80 % de la population ne présentera d’ailleurs aucun épisode dépressif au cours de sa vie).

 

La dépression en chiffres


La dépression est l’une des maladies psychiques les plus répandues. Selon une enquête réalisée en 2005 par l’Inpes :

• 8 % des Français de 15 à 75 ans (soit près de 3 millions de personnes) ont vécu une dépression au cours des douze mois précédant l’enquête ;

• 19 % des Français de 15 à 75 ans (soit près de 9 millions de personnes) ont vécu ou vivront une dépression au cours de leur vie.

La dépression est une maladie qui semble toucher davantage les femmes : environ deux fois plus de femmes sont diagnostiquées comme souffrant de dépression.

 

Les solutions thérapeutiques


Oui, la dépression se soigne.

À condition d’en faire la démarche, bien sûr… Il est difficile de se battre seul dans son coin.

Psychothérapie, médicaments : il existe aujourd’hui des traitements efficaces, souvent complémentaires, adaptés à chaque personne et à l’intensité de sa maladie.

Quel que soit le traitement, sa mise en œuvre s’appuie toujours sur une alliance, un dialogue, une collaboration étroite entre votre (vos) soignant(s) et vous. Vous avez le droit d’être informé, vous pouvez à tout moment poser des questions, exprimer vos attentes, vos craintes… Vous êtes acteur de votre traitement.

Le recours aux soins est-il indispensable ?


La dépression est une maladie qui, pour des raisons diverses, est associée à une perturbation du fonctionnement du cerveau : elle affecte l’ensemble de l’organisme ainsi que la personnalité. La volonté seule ne suffit pas pour agir sur une maladie aussi complexe. Un traitement est donc absolument nécessaire quand on souffre de dépression.

La nécessité d’un traitement est une idée parfois difficile à accepter. Pour des raisons psychologiques, culturelles, mais aussi pour des raisons liées aux effets de la dépression , on a souvent tendance à penser qu’il serait préférable de « s’en sortir par soi-même », que se faire soigner serait une « facilité », qu’il s’agirait d’une victoire de plus de la dépression, dans la mesure où accepter de l’aide reviendrait à renoncer à toute dignité ou lutte personnelle.

Rien n’est plus faux. Contre la dépression, il est trop difficile de se battre tout seul : la lutte est trop inégale. Au contraire, se faire soigner, suivre une psychothérapie, un traitement médicamenteux, c’est en réalité redevenir acteur, retrouver le choix, reprendre en main son destin.

Tout traitement s’appuie sur une alliance, une collaboration étroite entre le patient et le(s) soignant(s). C’est dans le cadre de cette alliance que sera déterminé le projet de soin. Ce projet tient compte des souhaits du patient qui sera informé sur la nature de ses troubles, leur évolution, les possibilités de prise en charge, la fréquence des consultations.

Accepter un projet de soin ne veut bien sûr pas dire qu’il faille se faire soigner passivement. La guérison d’un trouble psychique nécessite une participation et un engagement importants de la part du malade. Le rôle de l’entourage ne doit pas non plus être sous-estimé, dans la mesure où il peut protéger un malade qui a perdu confiance en lui.

La psychothérapie


Il existe de nombreux traitements de la dépression, adaptés à chaque personne et à l’intensité de la maladie (épisode léger, moyen ou sévère) et souvent complémentaires.

La psychothérapie est un traitement à part entière de la dépression. De nombreuses études ont permis d’en prouver l’efficacité et d’en préciser les indications.

Pendant un épisode dépressif, la psychothérapie permet de mieux gérer la maladie, de réduire ses symptômes et leurs conséquences, de donner du sens à ce que l’on vit et de pouvoir envisager de nouveaux projets. Ses premiers effets (un soulagement lié à une écoute adaptée) peuvent se faire sentir immédiatement, les changements durables interviennent au bout de quelques semaines.

Après la guérison d’un épisode dépressif, la psychothérapie sert aussi à prévenir la réapparition des symptômes.

Comment ça marche ?


Il existe différentes méthodes de psychothérapie privilégiant des formes particulières d’intervention. Mais quelle que soit la méthode utilisée, la psychothérapie est avant tout fondée sur un échange de personne à personne qui s’instaure grâce à l’écoute, la bienveillance, l’absence de jugement et la compréhension du praticien. Celui-ci est par ailleurs tenu au secret professionnel. La qualité de la relation, le sentiment d’être accueilli et compris dans ce que l’on vit et ressent, sont des éléments déterminants de toute psychothérapie.

La psychothérapie s’appuie dans la plupart des cas sur un échange verbal, mais pas n’importe lequel. Il ne s’agit pas d’une « discussion » du type de celles que l’on a dans la vie de tous les jours. Il s’agit d’une relation particulière où un professionnel formé à l’écoute et à la compréhension des problèmes psychologiques propose, dans un cadre conçu pour cela, d’aborder ces problèmes d’une manière spécifique, différente de la nôtre et de celle que nos proches peuvent nous proposer.

Une des règles essentielles de cette relation est de permettre l’expression de ce que nous vivons, ressentons et pensons en toute liberté, sans craindre d’être jugé ou critiqué. On pourra par exemple aborder des situations ou des émotions qui nous effraient, se pencher sur nos « zones d’ombre » et parler de choses qu’il est très difficile d’aborder, même avec nos proches.

Le praticien est là pour entendre la souffrance, les difficultés, les doutes ; il favorise l’expression de ce qui est réellement ressenti et nous aide à mettre des mots sur notre vécu en utilisant différentes techniques : questions ouvertes, reformulation des problèmes, exercices de mise en situation, espaces de silence. Le praticien nous propose donc un face-à-face avec nous-mêmes en toute confiance, dans un cadre sécurisant. Tout est fait pour aller au-delà d’où nous avons l’habitude d’aller ; nous pouvons alors nous regarder d’une autre façon, prendre conscience de nouvelles choses, aborder nos problèmes d’une façon différente, trouver de nouvelles réponses et des solutions efficaces.

Pour favoriser ce changement, le praticien peut aussi intervenir de façon plus active ; il peut nous inviter à parler d’un sujet particulier, nous transmettre sa compréhension du problème ou nous donner certaines explications, nous faire des recommandations, nous inviter à faire certains exercices (dans son cabinet, chez nous ou à l’extérieur)… Selon le praticien et la situation de la personne, différents modes d’intervention pourront être mis en œuvre. Ces modes d’intervention sont en effet adaptés à la personne qui consulte (à sa personnalité, à ses problèmes, à son type de dépression) et à la singularité de chaque situation de soin ; ils peuvent également évoluer en fonction des moments de la psychothérapie.

 

Les médicaments anti-dépresseurs


Il existe différents degrés d’intensité dans les dépressions. Toutes les dépressions ne nécessitent pas de traitement par médicaments antidépresseurs.

L’objectif du traitement par médicaments antidépresseurs est la réduction significative des symptômes dépressifs et de leurs conséquences dans la vie quotidienne. Les médicaments antidépresseurs améliorent les symptômes de la dépression à l’issue d’environ 3 à 4 semaines de traitement continu. Ils aident généralement à restaurer le fonctionnement normal du sommeil, de l’appétit, à retrouver l’initiative, une perception positive de la vie… Ce fonctionnement normal persiste après l’arrêt du traitement.

Comment agissent-ils ?


Les médicaments antidépresseurs sont des molécules qui agissent au niveau du cerveau, plus précisément sur les extrémités des neurones (appelées synapses), à travers lesquelles les neurones communiquent les uns avec les autres. Cette communication entre neurones se fait sous forme de « messages » chimiques appelés neurotransmetteurs ou neuromédiateurs (par exemple, la sérotonine ou la noradrénaline).

Les médicaments antidépresseurs agissent par divers mécanismes. Aucun médicament ne mobilise à lui seul tous ces mécanismes. En fonction des symptômes de la dépression, de l’efficacité ou de l’échec de tel ou tel médicament antidépresseur prescrit dans le passé, le médecin peut proposer un traitement antidépresseur dont le mode d’action est le plus adapté à chaque situation.

Les médicaments antidépresseurs peuvent avoir un ou plusieurs mécanismes d’action en commun tout en ayant des effets indésirables très différents les uns des autres. Un médecin qui décide de changer de traitement parce que son patient présente des effets indésirables peut donc proposer un antidépresseur dont l’effet thérapeutique est similaire mais dont les effets indésirables sont différents.

Comment en faire bon usage ?


Quelle est la durée du traitement ? Quel est le délai d’action ?


En raison de la complexité des mécanismes d’action des antidépresseurs, il faut souvent attendre quelques semaines (généralement 3 ou 4, parfois un peu plus) avant d’en ressentir les effets bénéfiques. Le traitement d’un épisode dépressif comporte deux phases :

• la phase aiguë, dont l’objectif est la disparition des symptômes, dure de 6 à 12 semaines ;

• la phase de consolidation, dont l’objectif est de stabiliser l’amélioration des symptômes, dure entre 4 et 6 mois (en fonction des symptômes et du nombre d’épisodes précédents). L’arrêt du traitement pendant cette période critique fait courir un risque très élevé de réapparition des symptômes. C’est pour cela qu’il est indispensable de poursuivre le traitement, même après la disparition des symptômes, conformément à l’avis du médecin.

Comment arrêter le traitement ?


Il peut être difficile d’envisager d’arrêter le traitement. Dans tous les cas, l’arrêt doit être progressif et « préparé » avec le médecin. Il se déroule habituellement sur quelques semaines. Si, pendant cette période d’arrêt progressif, les symptômes réapparaissent, il est nécessaire de consulter immédiatement son médecin qui proposera habituellement de reprendre le traitement à la dose efficace.

Quelles sont les conséquences d’un arrêt trop brutal du traitement ?


Quelques symptômes peuvent apparaître en cas d’arrêt brutal d’un traitement antidépresseur : anxiété, irritabilité, syndrome pseudo-grippal (frissons, fièvre, fatigue, mal aux muscles…), cauchemars, insomnie, nausées, sensations de vertiges… Ces symptômes ne doivent pas être confondus avec ceux de la dépression. Ils apparaissent généralement dans les 4 jours suivant l’arrêt et durent rarement au-delà d’une semaine.

Pourquoi un suivi médical lors d’un traitement antidépresseur ?


Un suivi régulier par un médecin est nécessaire lorsque l’on prend un traitement antidépresseur. Le suivi est particulièrement utile :

• quelques jours après la mise en route du traitement et au cours des deux premières semaines pour faire un point sur la tolérance du médicament et l’évolution des problèmes ;

• vers 4 semaines après la mise en route du traitement pour faire un point sur son efficacité ;

• régulièrement durant les 6 - 8 mois qui suivent la mise en route du traitement (période pendant laquelle le risque de réapparition des symptômes est maximal). De façon générale, tout traitement antidépresseur doit être accompagné d’informations sur la dépression et le traitement et d’un soutien relationnel. La qualité de la relation établie entre le médecin et la personne est déterminante.

Peut-on associer d’autres médicaments aux antidépresseurs ?


Pour soulager rapidement l’angoisse, le médecin peut prescrire en début de traitement un médicament anxiolytique (« tranquillisant »). Mais cette prescription doit être temporaire. Les anxiolytiques ne soignent pas la dépression et ne doivent pas être pris pendant plus de quelques semaines. Au-delà, leur action est diminuée et le risque de dépendance physique est réel. Parfois, en fonction du type de dépression, d’autres médicaments pourront être prescrits, notamment des stabilisateurs de l’humeur.

Que faire en cas d’effets indésirables des antidépresseurs ?


Comme tout médicament, les médicaments antidépresseurs peuvent avoir des effets indésirables. Selon les types de médicaments, ces effets indésirables peuvent par exemple être : la somnolence (ou au contraire l’excitation), la constipation, la prise ou la perte de poids, la sécheresse de la bouche, les baisses de tension, les difficultés sexuelles… Chez les personnes âgées, il existe des risques importants de baisse de pression artérielle en position debout qui peut être gênante, particulièrement si elles éprouvent des troubles de l’équilibre. Une surveillance médicale particulière est nécessaire chez ces patients.

Il est indispensable de parler de ces possibles effets indésirables avec le médecin au moment de la prescription de l’antidépresseur et de lire attentivement la notice du médicament.

Les effets indésirables évoqués par le médecin ou la notice du médicament ne surviennent pas chez tous les patients et ne sont pas tous obligatoirement présents chez une même personne. Certains de ces effets indésirables sont liés au mécanisme d’action de l’antidépresseur. Un grand nombre de ces effets vont disparaître avec la poursuite du traitement, il existe par ailleurs très souvent des solutions pour corriger ces effets.

Lorsque qu’ils sont très désagréables, il faut aborder avec son médecin l’éventualité d’un changement d’antidépresseur.

 

Ce qu'on peut faire par soi-même


Si le recours au soin est souvent indispensable en matière de dépression, il est également possible de « s’aider soi-même », de renforcer ainsi l’efficacité du traitement, d’accélérer la guérison et d’éviter la réapparition des symptômes.

Mais comment faire quand on souffre de dépression, quand – précisément du fait de cette maladie – on a plutôt tendance à perdre confiance en soi et à n’avoir plus envie de rien ?

Une dynamique positive peut ainsi s’enclencher et inverser le processus « négatif » de la maladie.

Exprimer sa souffrance et accepter d’être aidé


Dire ce que l’on ressent à des personnes de confiance quand on va mal est un conseil valable pour tout le monde, à tout moment de la vie. Revenir sur une expérience douloureuse, la partager avec un proche, pleurer si l’on en a envie… tout cela fait partie d’un processus naturel qui permet d’aller mieux.

Bien sûr, quand on souffre de dépression, il n’est pas évident de parler de ses sentiments et de ses émotions. Cette maladie génère en effet une culpabilité, un sentiment d’échec et un fatalisme tels qu’on a l’impression que toute aide extérieure est inutile. Cette impression est fausse, évidemment. Il existe des traitements efficaces de la dépression et l’entourage peut jouer un rôle non négligeable dans l’accompagnement de ces traitements

C’est pourquoi, autant que possible, même si c’est parfois difficile, il est particulièrement important d’accepter d’être aidé, d’exprimer ce que l’on ressent, de faire confiance aux personnes qui nous aiment, en chassant de nos pensées l’idée qu’elles nous considèrent comme un enfant, comme un « être inférieur » ou comme un « malade mental ».

Il est également essentiel, une fois l’aide acceptée, de ne pas se laisser envahir par un sentiment de mauvaise estime de soi, ou par la crainte d’être jugé ou déconsidéré, que ce soit par ses proches ou par son médecin. Par son médecin, en particulier, car cela pourrait conduire à lui dissimuler certaines informations essentielles au diagnostic et aux traitements (réalité de la prise du traitement, effets indésirables, niveau réel de souffrance…).

Repérer les signes précurseurs de la dépression


Apprendre à détecter les signes précurseurs d’un épisode dépressif, c’est se mettre en position d’entreprendre une démarche de soin dans les meilleurs délais et d’éviter ainsi une aggravation de la maladie.

Ces signes varient d’une personne à l’autre (chacun peut avoir ses propres signes) mais ce sont souvent les mêmes qui réapparaissent chez un même individu dans le cas de troubles récurrents (qui se répètent dans le temps).

Les signes précurseurs les plus fréquents sont :

• un changement de l’humeur (notamment une tristesse et des pleurs sans motif) ;

• une perte d’intérêt pour les activités qui font habituellement plaisir ;

• des troubles du sommeil (réveil aux petites heures du matin, sommeil non réparateur…) ;

• une anxiété de fond avec des moments plus aigus, notamment lors de situations jusqu’alors considérées comme routinières et sans danger (sortir faire les courses, par exemple) ;

• une irritabilité inhabituelle qui nécessite beaucoup d’énergie pour être contrôlée ;

• une fatigue importante ou un ralentissement des mouvements ;

• une impossibilité à agir, à accomplir les tâches quotidiennes ;

• une sensibilité exacerbée au bruit ou à l’agitation environnante ;

• des modifications inhabituelles (diminution ou augmentation) de l’appétit ;

• etc.

Savoir reconnaître ses propres signes est particulièrement utile dans le cas de troubles récurrents. Tenir un journal en notant son humeur au fil des jours est une bonne idée, pour soi-même et pour son médecin.

 







 














 
























 



 

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