Dépression et handicap

LE HANDICAP GENERE- T-il LA DEPRESSION ?


Le contexte

La dépression touche tout le monde que l’on soit une personne âgée, valide, malade, handicapée ou non mais aussi quels que soient l'âge, les origines, la catégorie socioprofessionnelle. Nous pouvons tous souffrir, à un moment ou à un autre de notre vie, de dépression. Mais lorsque la dépression se rajoute au handicap ou à la maladie, la situation devient plus compliquée.
Comment définir la dépression : en psychiatrie, la dépression est définie comme un trouble de l’humeur. L’humeur est « une disposition affective de base qui nous fait osciller de la joie la plus extrême à la tristesse la plus douloureuse. C’est en fait un état d’esprit qui va influer sur la manière dont nous allons percevoir et interpréter les évènements. La dépression, c’est un creux de l’humeur et c’est différent d’avoir des idées noires, un coup de blues ou encore un chagrin. Ces idées négatives sont normales et apparaissent à des moments cruciaux de la vie (décès d’un proche, annonce d’une maladie, un accident venant mettre un terme à un projet en raison d’une perte d’autonomie…)»


Pour le docteur Laurence Autret, le terme « A quoi bon » est peut-être l’interrogation fondamentale dans la dépression.
Dans ce « A quoi bon ? », il y a deux questions :
- notion du bon et du mauvais, du bien et du mal,
- une interrogation sur le sens de la vie.

Le psychiatre parle de syndrome dépressif car :
il dure dans le temps, ne se limite pas à une réaction, un événement douloureux,
ne concerne pas uniquement notre manière de penser et de réfléchir mais il imprègne toute la personne, son discours et ses attitudes,
le mode de pensée est toujours le même sans nuance (plus d’esprit critique, une capacité à raisonner)
C’est donc toute la personne qui est atteinte, son mode de penser, son corps, son attitude.

Il est parfois difficile pour l’entourage de repérer une dépression qui s’installe à un coup de déprime dû aux effets et aux conséquences de la maladie ou du handicap. La question revenant régulièrement est la suivante : comment arriver à repérer au niveau du comportement de la personne handicapée ou malade les signes qui montrent que la personne glisse vers une dépression plutôt que vers la mélancolie.


Le développement

La dépression en chiffres : la banque mondiale avec le concours de l’OMS a initié en 1992 une étude clinique et prospective au niveau mondial sur les maladies. Le but était de disposer d’informations en ce qui concerne les affections non mortelles.
Les résultats ont surpris car la dépression est actuellement dans le monde la quatrième cause mondiale de handicap avant même les maladies cardiaques.
Dans les pays développés, la dépression est au 2ème rang tout de suite après les maladies cardiaques et précède les atteintes cérébrales vasculaires.
Les projections démontrent qu’en 2020, la dépression sera la deuxième cause mondiale de handicap, qu’elle aura la première place dans les pays émergeants et aura la troisième place dans les pays développés.

La dépression est donc un problème majeur de santé publique.
Parmi les personnes présentant une maladie chronique (l'accident vasculaire cérébral, le traumatisme médullaire ou la sclérose en plaques, les patients tétraplégiques traumatiques et les traumatisés crâniens) 9 à 23% souffrent également de dépression, pourcentage plus élevé que pour les personnes ne présentant pas de troubles chroniques.
La dépression est également présente chez les personnes âgées atteintes de maladie et de solitude.


Le travail du deuil se fait en différentes étapes :


• le refus, la dénégation : le handicap ou la maladie provoque un grand traumatisme. La personne ne parvient pas à y croire. Cette période de refus est nécessaire pour accepter ensuite le handicap ou la maladie (= défense)


• la révolte-colère : pourquoi moi ?


• Le patient exprime un sentiment d’injustice, une révolte projetée sur autrui.


• la phase de marchandage : le patient va retarder la réalité de la situation, malgré cet effort, le temps passe et rien ne change, le patient est confronté à cette perte.


• la dépression : étape qui peut-être longue et répétitive, se manifeste après la confrontation de sa perte : perte physique mais également perte du projet de vie. Il va falloir se reconstruire une image de soi qui va prendre en compte le changement physique.


Lorsqu’un être humain (personne handicapée ou malade, personne valide) est confronté à une situation difficile, il va passer par les différentes étapes du travail du deuil sans nécessairement passer par la dernière étape qui est la dépression.


Les caractéristiques de la dépression sont d’une part :


• Comportementale : tristesse, pleurs, diminution de l’intérêt, perte ou gain de poids, insomnie, hypersomnie, ralentissement psycho moteur-agitation. Asthme, perte d’énergie, diminution de la faculté à penser, à se concentrer.


• Psychologique : dévalorisation, culpabilité, repli sur soi, désintérêt par rapport aux autres, difficultés à exprimer ses sentiments, douleur morale, plainte corporelle.


Cette phase de dépression à un rôle dans le deuil, elle prépare à l’acceptation de la perte physique et narcissique. Cette étape est un passage obligé qui va préparer à l’acceptation, de la réalité, de la maladie ou du handicap.


Le travail psychique de deuil est un travail de désinvestissement du corps, des parties perdues. C’est l’identité propre de la personne qui est touchée. Pendant cette phase, les personnes dépressives peuvent se montrer très exigeantes et agressives.


Les personnes handicapées confrontées à un accident engendrant un handicap nous font part que le handicap engendre une blessure du corps mais aussi de l’esprit. En effet, ce corps qui nous permet de vivre, de nous montrer aux autres va changer et donc la personne va devoir apprendre à vivre différemment. Cette atteinte de l’intégrité corporelle se vit dans l’angoisse car chaque geste de la vie quotidienne renvoie la personne handicapée à son manque. La personne handicapée veut que la situation redevienne comme avant, elle souhaite un retour « à la normalité » et ce souhait va provoquer de la douleur car elle est confrontée à la réalité de la situation.


Les craintes de l’échec corporel, l’angoisse de l’imprévu, de ne pas pouvoir faire face à la situation, la peur que les aides techniques tombent en panne sont toujours des idées qui sont omniprésentes et qui déstabilisent.


Les relations sont bouleversées car elles se présentent sous la forme de la dépendance à l’autre. La relation de l’aidant/aidé peut être difficile car elle renvoie toujours la personne handicapée à son manque, son handicap.


Parfois, il arrive que la personne refuse d’être aidée et cela instaure une relation chargée de rancoeur et d’agressivité.
Refuser l’aide équivaut à refuser la douleur.


Le regard de l’autre est indispensable, la personne handicapée recherche un regard de reconnaissance en tant que personne et ce, malgré son handicap.
A ce niveau de la réflexion, on peut se demander si le handicap est un facteur de dépression ou est-ce la dépression qui est facteur de handicap ?
Il nous semble effectivement que l’on peut répondre par l’affirmative à ces deux questions tout en modulant la réponse.


En effet, le handicap peut engendrer la dépression chez certaines personnes mais pas de façon systématique. Cela va dépendre de toute une série de facteurs environnementaux comme par exemple l’origine du handicap, le type de handicap, les conséquences de celui-ci dans sa vie familiale mais aussi professionnelle, le soutien de l’entourage, mais aussi des facteurs plus internes et qui vont varier d’une personne à l’autre (caractère, manière dont elle réagit lorsqu’elle est confrontée à une situation difficile, …)


Le vécu de la personne handicapée va jouer un rôle capital dans la manière dont elle va réagir face au problème (maladie-handicap) et qui va avoir des répercussions au niveau de l’évolution de son handicap.


La dépression, facteur de handicap ? oui et plus particulièrement de handicap social. En effet, les conséquences peuvent être dramatiques : exclusion sociale et professionnelle, handicap majeur, et trop souvent, suicide. Les caractéristiques comportementales et psychologiques de la dépression font que la personne dépressive se replie sur elle-même, évite tout contacts sociaux, voire les fuit, ce qui à la longue, entraîne l’isolement.


Conclusions

Les personnes handicapées ou malades comme les personnes valides peuvent être frappées par la dépression. Les proches de la personne dépressive sont aussi confrontés à la maladie, et ils peuvent en souffrir : difficulté à reconnaître ce proche qui change, refus du handicap et ou de la maladie, difficulté à devenir « l’aidant ».


Trop souvent, cette maladie est très mal comprise par l'entourage. Cependant, l'environnement, la famille jouent un rôle prépondérant. On constate également, que les relations sociales sont transformées ou même diminuées le plus souvent par la survenue de l'affection. Elles ne sont jamais augmentées.


Dans notre société, la dépression, comme le handicap, sont encore trop souvent mal compris et considérés. C’est donc tout un travail au niveau de la société et des mentalités qu’il est nécessaire de faire. De plus, si l’on veut éviter que les projections de l’OMS se vérifient et s’aggravent il est essentiel d’agir afin que la dépression ne devienne pas la deuxième cause mondiale de handicap.


Il est également très important de pouvoir repérer une dépression d’une simple période de blues et ce afin de pouvoir la traiter le plus rapidement et le plus efficacement possible. Soigner sa dépression c’est également prendre soin de sa santé, de son bien-être.
En tant qu’association défendant les droits des personnes handicapées nous estimons qu’il faut parler de la dépression comme d’une maladie qui peut être soignée et guérie.


Il est vrai que c’est une maladie qu’il n’est pas toujours facile à diagnostiquer et lorsqu’elle se greffe à une autre maladie ou handicap, la situation se complique. Il est donc important que le personnel soignant (paramédical, psychiatre, psychologue…) mais aussi l’entourage soient attentifs aux différents signes émis par la personne.


Il est vital que la personne soigne sa dépression, pour ce faire elle doit en parler, être écoutée, il est essentiel de chercher de l’aide car le bien-être mental est aussi important que le bien être physique.


Nous constatons que le fait que la personne fasse partie d’un groupe de parole ou participe à certaines activités va lui permettre de se situer, de se reconstruire, de se retrouver comme citoyen. Le travail collectif va permettre et favoriser la reconstruction de l’image que la personne a d’elle-même. Cette étape est un long cheminement, un travail lent qui va lui demander beaucoup d’énergie physique et psychique.

Commentaires (1)

1. parmentier 08/11/2013

bonjour
je suis en situation de handicap dépressif à cause de certaines choses que je ne peut dévoilé
ma sœur ne veut plus me voir et me rejette
je n'ai plus de famille et sans amie
la vie affective zero de chez zero
bref plus aucun gout pour vivre
alexy

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